Assurance, quel business model pour la télématique en France ?

Par Alexandre Veber, le 30 octobre 2017

 

Les objets connectés sont une réalité et une opportunité bien identifiée par les assureurs. Pour autant, hormis quelques boîtiers télématiques, leur utilisation peine à s’imposer dans les offres des assureurs. Même pour les boîtiers télématiques, et comme nous le soulignions déjà dans notre article « Assurance télématique, les flottes automobiles cibles de choix », le marché automobile français ne présente pas les mêmes biais qui font le succès de ces offres à l’étranger : une fraude exacerbée, des poursuites judiciaires systématiques ou encore une législation défavorable. Ainsi, pour la majeure partie des assurés français, le gain espéré en termes de sélection des risques et donc d’impact sur la prime ne couvre pas le coût du boîtier, rendant l’équation financière déficitaire, sans qu’un attrait additionnel plus qualitatif de ces boîtiers n’ait non plus été mis en avant à ce stade pour compenser.

Une autre manière de rendre l’équation rentable pour l’assuré serait d’utiliser le boîtier comme un levier de réduction des coûts de sinistres. Il existe plusieurs applications qui le permettent. Tout d’abord, le boîtier permet de détecter les accidents et d’alerter les secours instantanément. Une arrivée plus rapide des secours sur place permet une meilleure prise en charge des blessés ce qui diminue la charge potentielle pour l’assureur. De manière générale, les boîtiers permettent a minima une gestion proactive des sinistres par un signalement automatisé. Enfin, grâce à ces boîtiers, on peut également reproduire la cinématique des véhicules lors des sinistres et ainsi déterminer avec plus de certitude les responsabilités des conducteurs. Toutes ces optimisations de coûts de sinistres permettent de diminuer un peu plus la prime demandée et, dans certains cas, cela peut même couvrir le prix du boîtier.

Du point de vue de l’assuré, il n’est pas certain que cela soit suffisant pour le convaincre d’adhérer à ces offres, d’autant plus qu’il n’est généralement pas disposé à transmettre des données personnelles. Néanmoins plusieurs assureurs ont exploré une possibilité supplémentaire pour valoriser cette offre : la « gamification » par l’intermédiaire de scores de conduite. Cela crée davantage d’engagement de la part de l’assuré en lui indiquant la qualité de sa conduite et en lui donnant envie de s’améliorer. Aux yeux de l’assureur, cela présente l’avantage de pouvoir réaliser une prévention active des mauvais comportements au volant.

Ce qui pénalise le business model, c’est le coût du boîtier.

La startup MyDataIsRich apporte à ce titre une solution au potentiel intéressant. Le concept est simple : donner aux particuliers la possibilité de valoriser leurs données personnelles. Pour cela, il leur est donné la possibilité d’augmenter la qualité et la pertinence de leurs données en leur proposant d’acheter un boîtier télématique qui sera très vite amorti par la rémunération individuelle des données qu’il produit. MyDataIsRich prévoit par exemple de proposer ces données (en les revendant) aux collectivités locales pour leur donner une meilleure visibilité sur l’utilisation des infrastructures routières, ou encore aux publicitaires pour améliorer leurs statistiques de flux routiers devant les panneaux d’affichage.

L’opportunité que cela représente pour les assureurs, c’est évidemment de bénéficier des données du boîtier sans pour autant en supporter le coût. En effet, si, comme on l’a vu, les données collectées peuvent se valoriser auprès de différentes industries et collectivités, elles seront aussi tout à fait pertinentes pour la modélisation des risques.

Simple à installer, autonome et universel le boîtier MyDataIsRich est conçu spécifiquement pour la collecte des données de mobilité et de toutes les forces subies par le véhicule. La sensibilité de ses capteurs et des fréquences de relèves sont entièrement paramétrables à distance, nous permettant ainsi de toujours produire des données adaptées au besoin. En plaçant l’individu au cœur du système nous collectons des données de mobilité individuelles fines, en totale conformité avec le RGDP. Nous avons ensuite la capacité de les enrichir avec de nombreuses données automobiles ou socio-économiques pour des analyses ou des actions encore plus ciblées.
Eric Zeyl
Fondateur et CEO de MyDataIsRich

Plusieurs business models peuvent alors être envisagés. Des entreprises sur le modèle de MyDataIsRich pourraient faire bénéficier les assureurs de leurs bases de données et donc de prospects qui pourront être qualifiés par la qualité de leur conduite. L’assureur pourra alors contacter les meilleurs conducteurs pour leur offrir des réductions commerciales à la fois sur des offres avec et sans boîtier. Ces FinTechs pourraient finalement devenir un nouveau canal de distribution qui non seulement amène de nouveaux prospects mais de surcroît des prospects hautement qualifiés. Une autre possibilité pour les assureurs serait de proposer des boîtiers télématiques à leurs assurés de manière payante tout en leur offrant d’une part une réduction de prime et d’autre part la possibilité de valoriser leurs données via une offre telle que celle de MyDataIsRich. L’équation devient alors gagnant-gagnant pour l’assuré et pour l’assureur.

 

Le boîtier de MyDataIsRich est une très bonne illustration des changements de modèles que s’apprête à vivre l’assurance à travers l’émergence de l’internet des objets. Si les objets connectés offrent de très belles perspectives pour les assureurs, la valeur pour les assurés n’avait pas encore été complètement démontrée. Une FinTech comme MyDataIsRich apporte cette valeur et se positionne certainement comme un jalon vers une rentabilité affirmée et durable du business model.

A propos de Alexandre Veber
Manager PwC, spécialiste de l'Actuariat
Pour aller plus loin