Quelles perspectives pour l'IA ?

Par Thomas Khieu, le 22 novembre 2017

 

Ces dernières années, l'intelligence artificielle (IA) est devenue l'un des enjeux majeurs pour les entreprises dans leur stratégie de transformation digitale. De la reconnaissance vocale aux chatbots, l'IA se diversifie de plus en plus. Christophe Shaw (Microsoft France) nous explique les différentes problématiques posées par l'IA.​

 

Quel est le point de vue et la position de Microsoft vis-à-vis de l’Intelligence Artificielle (IA) ?

Si l’on parle autant d’Intelligence Artificielle aujourd’hui, c’est grâce à la conjoncture de 3 phénomènes: données disponibles en grande quantité, puissance de calcul (le cloud) et avancée des algorithmes (Machine Learning et Deep Learning).

Notre CEO Satya Nadella a établi une position claire : démocratiser l’IA, que ce soit par les usages ou par les technologies, nous souhaitons la mettre dans les mains de tous (consommateurs, grandes entreprises, data analystes, développeurs, startup, éditeurs de logiciels…).

Pour Microsoft, cette démocratisation passe par une gamme d'offres qui repose sur 4 piliers :

• Via les agents personnels. C’est Cortana l'assistant personnel numérique (équivalent de Siri) qui donne accès aux informations partout et tout le temps que l’on va retrouver dans l’ensemble de la suite Windows, mais également dans d’autres équipements comme des enceintes ou la voiture. Par exemple Renault-Nissan a décidé de l’intégrer dans des services d’infotainment dans le cadre de notre partenariat sur sa voiture connectée. Si nous voyons les bots comme les remplaçants des applications, l’agent, est un « metabot » qui va pouvoir converser avec les autres bots. Les développeurs pourront développer ses compétences afin de l’enrichir.

• Via les applications intelligentes. Nous diffusons l’IA au sein de nos propres applications (Office, Windows, Dynamics, Bots) en tant qu’éditeur. Un exemple pour le monde professionnel est Office 365: la messagerie comprend quels sont les emails moins prioritaires et les met de côté. Un autre exemple serait MyAnalytics qui agit comme un coach personnel de productivité à la manière d’un fitbit, grâce à des tableaux de bord, auxquels on peut interfacer de l’IA. Plus récemment nous avons montré que l’on peut également traduire et interagir en simultané sur une présentation powerpoint.

• Via notre plateforme IA. Au travers de services, d’outils, d’infrastructure ou du Microsoft Graph, nous mettons l’IA à disposition d’autres ISV qui voudraient en bénéficier. C’est par exemple un ensemble de services sous forme d’API qui permettent aux applications d’interpréter et d’engager naturellement avec les utilisateurs au travers de la vision, du langage, du texte ou d'un bot. Aujourd’hui, c’est plus d’un demi-million de développeurs dans le monde qui utilisent ces services qui sont, pour certains, personnalisables.

• Via des solutions métiers. Ces solutions développées par Microsoft ou ses partenaires permettent aux organisations de transformer la façon dont elles créent, connectent ou conduisent leur métier. (Santé, Service client, Sécurité…).

Cette démocratisation de l’IA, nous voulons la faire au travers d’une plateforme puissante et ouverte en proposant au marché une technologie sur laquelle tout le monde va pouvoir bâtir, et ce, avec un time-to-market extrêmement rapide (Uber n’a mis qu’une poignée de semaines pour intégrer nos services de reconnaissance faciale dans son application pour la reconnaissance des chauffeurs). La confiance est également clé pour permettre de garder le contrôle et de protéger ses data.

Quand Microsoft met de l’IA à disposition de chacun, il est extrêmement important de comprendre que nous le faisons en respectant des principes de sécurité, de respect de la vie privé, de conformité mais également des principes de transparence, de dignité et de responsabilité. De plus, sur la propriété intellectuelle, notre position est très claire, nous n’avons aucun business model concurrent de nos clients, leur data est leur data, et donc leur propriété intellectuelle.

 

Quel est le rôle des éditeurs de logiciels dans le développement de l’IA ?

 

Pour les consommateurs, la notion d'intelligence artificielle reste floue. Les éditeurs de logiciels sont les vecteurs de démocratisation de l’IA, leur rôle est extrêmement clé. Ce sont eux qui vont bâtir les solutions et tirer les usages que les utilisateurs vont consommer en tant que scénarios et non en tant qu’IA pour IA. Prenez par exemple Uber, application BtoC qui a utilisé des services cognitifs pour la vérification de l’identité des chauffeurs: le passager ne sait pas que la reconnaissance faciale est basée sur de l’IA. C’est le cas en BtoB aussi : la société Yatedo a développé une solution de recherche sémantique pour aider au match-making entre profils RH.

L’IA n’existe pas sans data, et la data est chez les éditeurs. Chaque ISV peut inventer ou adapter son business propre à l’IA. Il y a en réalité deux façons de se lancer dans l’IA:

• Soit par l’internalisation et la création de zéro. On peut intégrer des fonctionnalités d’IA et développer soi-même ses propres algorithmes, grâce aux bons profils en interne : data scientistes, data analystes… C’est souvent le cas des petits éditeurs de logiciels ou des startups, qui viennent du monde universitaire et du domaine de la recherche qui ont commencé très tôt dans l’IA et qui ont des produits très pointus.

• Soit par la consommation de services existants et paramétrables. Pour cela, il faut des développeurs aguerris qui pourront s’appuyer sur une plateforme type Microsoft Azure pour enrichir leurs solutions. C’est le cas des gros éditeurs de logiciels dont l’IA n’est pas le cœur de métier, qui font beaucoup de fonctionnel, verticalisent mais ne créent pas leur propre algorithme. La valeur pour un ISV va être dans sa propre solution et dans la propriété intellectuelle qu’il va créer.

Chez Microsoft nous sommes très à l’écoute des nouveaux acteurs qui se positionnent sur le sujet de l’IA. Si nous proposons nos services d’IA pour ceux qui veulent les consommer nous avons également une volonté forte d’aller détecter de nouveaux éditeurs. Avec le programme BizSpark, nous leur proposons un accompagnement spécifique au sein de différents incubateurs, une dizaine en France, en leur donnant accès à notre plateforme Azure sur laquelle ils peuvent tester leurs modèles.

 

Comment l’IA va transformer les solutions développées par les éditeurs de logiciels ? Et quels risques/opportunités pour les éditeurs de logiciels ?

 

Selon nous, l’IA est davantage une opportunité à saisir qu’un risque:

• L’IA ouvre un nouveau champ des possibles dans la personnalisation des scenarii (utilisateurs plus guidés, parcours clients simplifiés…)

• L’IA permet d’utiliser la donnée capturée ou générée pour offrir un niveau de service supérieur

• L’IA donne de nouvelles opportunités business par l’hyper spécialisation des solutions et algorithmes

Le risque inhérent à l’IA résiderait plutôt dans le fait de biaiser le modèle d’apprentissage machine, par exemple, si ce dernier a été entraîné sur de mauvaises données ou des données compromises par des facteurs externes. Les problèmes décelés viennent souvent de la répétition d’erreurs humaines. Il y a aussi un risque de conception, qui devient un sujet d’éthique, si certaines données se basent sur des sources non-représentatives de la réalité. L’auditabilité des datas, des algorithmes et de leur utilisation est d’ailleurs un sujet grandissant, très important mais pas encore maîtrisé.

Il est vrai qu’il y a une peur ambiante de l’IA et il faut avoir une position claire sur le « pour faire quoi? ». Notre conviction profonde est que l’IA ne va pas remplacer l’humain mais plutôt augmenter les capacités de l’Homme. Cette nouvelle technologie devrait permettre d’automatiser certaines tâches pour « soulager l’Homme ». Si l'on regarde les dernières études, il semble clair que les emplois complètement automatisables restent en nombre limité (une dizaine de pourcents, qu'il s'agisse de l’étude de l’OCDE, ou des travaux du COE).

Une bonne intégration de l’IA passe par l’identification des apports que peut avoir cette technologie pour améliorer une organisation du travail, offrir de nouveaux services ou créer de nouveaux emplois, en assurant la mise en place d’une complémentarité entre l’homme et la machine. L’IA peut supprimer des tâches répétitives pour permettre de se concentrer sur les plus intéressantes.

Au regard de l’objectif d’une complémentarité vertueuse entre l’IA et le travailleur, la formation jouera un rôle incontournable.

Notre conviction profonde est que l’IA ne va pas remplacer l’humain mais plutôt augmenter les capacités de l’Homme.
Christophe Shaw
Directeur de la division Developer eXperience chez Microsoft France

Quels sont les grands domaines qui vont être disruptés par l’IA, et avec quel degré de maturité en France ?

 

Selon nous, les premiers domaines qui sont ou vont être impactés par l’IA sont les secteurs au sein desquels les besoins ds consommateurs sont plus simples et possédant, surtout, une grande quantité de données. On retrouve par exemple la Distribution et le BtoC, la Finance en Banque-Assurance, et tout ce qui touche au consommateur et à la relation client: interaction, gestion, push marketing… L’Internet des Objets également: production industrielle, automobile… L’IA devrait s’y généraliser rapidement et massivement. Le secteur des Ressources Humaines est aussi propice à avancer très vite sur le sujet, par le biais d'applications prédictives du comportement, le match-making de candidats, la gestion des talents (TalentSoft), la transformation des systèmes d’information RH, etc. C’est un secteur qui suit de très près les evolutions technologiques et qui est allé très vite sur le SaaS mais dont le frein reste l’exploitation de la donnée personnelle.
Il n’y a en réalité pas de limite, tous les secteurs peuvent être concernés, il faut juste pouvoir s’appuyer sur de la donnée.

Le Royaume-Uni a bien accéléré sur la question de l’IA, et a quelques avances sur les éditeurs traditionnels français (mais représente cinq fois notre taille de marché). En effet, la France est en retard sur le SaaS, et l’IA constitue l’étape d’après. Les éditeurs de logiciels ont accumulé de la dette technique qui les freine dans l’innovation, il faudrait que ces derniers investissent plus pour combler ce retard (notamment le top 10). En revanche, nous avons des startups très prometteuses en France sur ces sujets cloud et IA, nous pouvons notamment citer la licorne Criteo. D’un point de vue purement technologique, la France, berceau des mathématiques et des algorithmes, est une plaque tournante majeure des startups dans le domaine de l'intelligence artificielle. 

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A propos de Pierre Marty
Pierre est associé et European software leader au sein de PwC France

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